
Is Gay the new Black ?
Hier soir c'était historique, sur le chemin qui le séparait de son hôtel à Grant Park où il se rendait pour faire son discours, Barack Obama a rendu la vue à deux sourdes de 52 ans.
La question que je me pose devant cette ferveur mondiale quasi mystique, presque hystérique c'est de savoir pendant combien de temps Obama va être noir aux yeux du monde ? Combien de temps avant qu'il ne montre sa vraie couleur : centriste.
La liesse d'hier soir a éclipsé le fait qu'en Californie, en Floride et en Arizona être homosexuel faisait de vous un citoyen de second ordre, aux droits inégaux.
Je ne suis pas pour le mariage gay, je suis contre le mariage hétérosexuel, contre le mariage tout court, dernière cérémonie païenne inventée par l'Eglise et qui date d'une autre époque ( pensez banquet et à tonton Gérard bourré, le cul à l'air debout sur la table en train de le remuer au rythme de la salsa du démon). Je suis toutefois pour l'égalité de choix. Si les homosexuels d'Arizona, de Californie ou de Floride sont égaux devant la justice et surtout devant l'impôt je trouve inadmissible qu'un droit leur soit refusé et en fasse donc des citoyens de second ordre.
L'enthousiasme d'hier et d'aujourd'hui tient plus du fait qu'on ait fait un trait sur 8 années de cauchemar pour le rêve américain, soulagés de savoir qu'il n'y aura plus Bush ni même un républicain à la maison blanche pendant 4 ans que par Obama lui-même et pour cause, Obama n'est pas de gauche, Obama n'est pas pour le droit à l'avortement, Obama n'est pas pour le mariage gay ( bien qu'il ait mentionné la différence de sexualité dans son discours), Obama n'est pas pour l'interdiction des armes à feu ( l'assassinat de la mère, du frère et du neveu de Jennifer Hudson par arme à feu rappelle combien le port d'arme n'est pas chose qui doit être acquise ou prise à la légère, ce n'est pas un droit, le droit c'est celui de vivre pas de tuer). Obama n'est pas contre la peine de mort ni les executions capitales. De toutes les déclarations d'Obama, la seule qui m'ait vraiment convaincu c'est son désir de fermer la prison honteuse de Guantanamo.
Combien de temps Obama va-t'il être noir avant que les premières mesures impopulaires n'égratignent l'icône ? Que les lois protectionnistes pénalisent les européens parce qu'il ne faut jamais, jamais oublier que ce sera toujours AMERICA FIRST.
Pourtant en regardant les discours des deux ex candidats hier soir quelque chose m'est apparu, le discours de Mc Cain était très digne et fort mais les visages des personnes présentent à Phoenix dans la foule qui l'acclamait ne ressemblait en rien à l'Amérique que je connais, des visages de conservateurs, privilégiés aux allures de vedettes de soap opera, blancs, blonds, plein de mépris contrastaient avec
l'energie, la diversité de classes sociales et de couleurs de la foule présente à Grant Park pour acclamer Obama, ces visages c'étaient l'Amérique, la vraie, celle du rêve américain, celle qui s'est tue pendant 8 ans, c'est elle qui revient et c'est celle de Phoenix, celle des privilégiés conservateurs qui s'en va après 8 ans de trop, c'est l'Amérique de Phoenix qui est une minorité et non pas celle, diverse, de Grant Park et c'est cette minorité qui a plongé le pays et le monde dans la crise.
Si un président noir a pû être élu aujourd'hui c'est surtout parce qu'en 8 ans l' Amérique ne s'est plus divisée en noirs et blancs mais entre très riches et très pauvres à l'instar de ce qui se passe partout dans le monde. Le nouvel axe n'est plus la différence de couleur ou de culture mais bel et bien l'antagonisme entre très riches et très pauvres dans un monde en crise.
Peu importe les discours d'union des deux ex candidats, il y a bel et bien deux Amériques et le fossé qui les sépare s'est creusé de façon irrémédiable.
Je ne sais pas ce que fera Obama mais ce qui est sûr c'est que ce sont les vrais américains qui se sont exprimés et qui ont pris leur revanche hier, ceux qui n'ont pas digéré la fraude électorale de 2004 qui avait vu le Congrès élire W une deuxieme fois, les américains pris au piège du pouvoir de l'argent et des cercles d'influences des privilégiés. Ce n'est pas le retour de l' Amérique mais celui des américains.
Je peux néanmoins m'enfoncer une barre Mars dans le cul en regardant la photo d'Obama tout en hurlant "Yes we can, Yes we did" pour comprendre ce que les gays américains ont pris hier soir ( ça aurait été des frites surgelées si ça avait été Mc cain). Il y a eu un président américain homosexuel : Lincoln, bien sûr il n'était pas out donc ça ne compte pas. Cependant je me demande si Obama est out en tant que noir et si justement le gommage effectué par la campagne sur ses positions et ses idées ( impossible de savoir s'il est à la gauche des démocrates comme certains le disent ou au centre comme d'autres le font remarquer. Une campagne ça ratisse large au niveau des idées pour rassembler un maximum de voix), ou le gommage de sa couleur de peau ne font pas de lui un canevas vierge sur lequel chacun projette ses fantasmes ( et surtout tout et n'importe quoi)et quand il commencera à s'exprimer par lui-même, peu importe ce que ce sera, il y aura forcément des déçus car les projections et attentes sont démesurées mais pour le moment il est impossible de savoir qui est Obama.
Cela dit oui c'est un symbole car plus que de faire le lien avec Luther King ce dont il faut se souvenir c'est de ça :




Mais Condolezza Rice et Colin Powell sont noirs aussi et ça ne les a pas empêchés de participer et soutenir la guerre en Irak. Penser que la couleur est un gage de bonne foi est tout aussi raciste que de penser qu'elle puisse être gage de malveillance.
Sinon à partir du 22 janvier 2009 ( soit deux jours après l'inauguration) il vous faudra envoyer un mail ou contacter l'ambassade des Etats-Unis par téléphone pour les avertir de votre départ sur le continent américain 72h00 minimum à l'avance....LAND OF THE FREE....
Et on apprend aussi via Brooklyn Vegan que des personnes célebrant la victoire d'Obama à la présidence ont été ont été tabassées par les forces anti-émeutes à Brooklyn car elles mettaient trop de temps à quitter la rue :